Histoire d'un incontournable de l'hiver!

Dans l'histoire de l'habillement, il existe un accessoire qui occupe une place singulière. D'une multitude de formes, pourvu de mille et un ornements décoratifs, le gant, s'est décliné selon les usages et les civilisations. Les maîtres-gantiers, fins créateurs de cet accessoire indémodable, sont à l'origine de son caractère singulier dont son évolution s'est inscrite à travers l'histoire des modes et des textiles alors accompagnée d'une double fonctionnalité de protection et d'apparat. Nous avons pour habitude de rencontrer dans de nombreuses toiles ou photographies une variation de mains gantées, venant parfois rehausser une tenue ou révéler le statut social de la figure portraiturée.

Partons ainsi découvrir l'originale histoire d'un incontournable de notre garde robe.

market of clay pots
« Il faut une main de fer recouverte d'un gant de velours pour gouverner les Français » Charles XIV Jean Bernadotte, roi de Suède (1763-1844)

Quelle étonnante révélation que celle du roi de Suède lors de son entrevue avec le comte d'Artois. Le gant serait-il devenu un élément indispensable à la pratique du pouvoir ? Il était évident que ce dernier se devait d'habiller et de magnifier les mains les plus nobles. Si celui-ci assurait une protection, contre le froid avant tout mais aussi contre les travaux manuels ou les contraintes de la guerre, ses nombreuses déclinaisons décoratives faisaient office de privilège aristocratique. Ce savoir-faire, issu d'une vieille tradition, était assuré par le métier de gantier, étant apparu officiellement dans le "Livre des métiers" sous Louis IX (roi de France de 1226 à 1270) ayant conduit une révision des corporations. Ainsi, de nombreux gantiers se développèrent dans les villes et côtoyèrent parfois la création des vêtements en cuir, nécessitant un apprentissage particulier de la transformation des peaux.


Titien, Portrait d'homme dit l'homme au gant, vers 1520, Musée du Louvre


"Le peintre des princes"

Titien fut à l'origine d'un étonnant portrait, dit "le portrait de l'homme au gant" daté de 1520. Un jeune homme, alors peint en buste de trois quarts droit, semble être accoudé à un bloc de marbre. L'homme est alors illustré sur un fond sombre et neutre, sa pose naturelle et noble fait de ce portrait un excellent témoignage de l'aristocratie vénitienne des années 1520. En effet, son habit élégant composé d'une chemise blanche à col froncé et rehaussé d'un pourpoint noir, est accompagné de quelques luxueux accessoires. Remarquez ainsi la finesse de la chaîne dorée composée d'un saphir et d'une perle montés sur un médaillon, ou encore cette paire de gants de cuir. Ganté de sa main gauche, sa main droite est quant à elle dénudée et présente un anneau en or sur son index. Ces gants ont pour objectif d'illustrer ce somptueux "portrait psychologique" tant apprécié au cours de la Renaissance et dont les caractéristiques visent à mettre en avant la personnalité de l'individu portraituré.

Les gants étaient alors l'illustration de l'élégance aristocratique italienne.


Une étonnante tradition parfumée !


« Des gants qui ont l’odeur de la fleur naturelle » Simon Barbe

Que diriez-vous de porter une paire de gants dont émane une douce odeur de fleur d'oranger ? Aussi étonnant que cela puisse paraître, la grande histoire du gant se confond parfois avec celle du parfum. Catherine de Médicis (1519-1589) fut connue pour avoir offert de nombreux gants à la Cour de France, en soie ou en cuir. Ils avaient pour particularité d'être parfumés. Ces fragrances devaient accompagner l'élégance d'une main gantée en diffusant un doux parfum mais également protéger la peau des épidémies en ces temps si touchés par la maladie. Cette mode fut importée à la Cour par Catherine de Médicis et son parfumeur René Bianchi. Parfumer les gants revenait à cacher l'odeur des peaux qui pouvaient être incommodantes, telle était la mission des maîtres gantiers-parfumeurs. L'Italie fut donc à l'origine de cette étonnante tradition, probablement initiée par Pompéo Frangipani, maréchal de France qui avait élaboré un parfum à base d'amande afin de cacher les terribles émanations provenant de ses gants de cuir. La "mise en fleurs" était alors l'opération qui consistait à parfumer la peau des gants. Jonquille, jacinthe, violette, étaient ainsi subtilement choisies dans le but de concocter les plus délicieux mélanges olfactifs. La France privilégia l'iris et la fleur d'oranger.

Pierre-Charles Comte, Jeanne d'Albret, accompagnée de son fils Henri de Navarre et de Marguerite de Valois venant acheter des gants chez René, parfumeur de Catherine de Médicis, Salon de 1852

Poison et trahison se sont invités dans cette toile. En effet, cette peinture cache une réalité plus sombre de l'histoire du gant parfumé. La légende raconte que le parfumeur de Catherine de Médicis aurait empoisonné Jeanne d'Albret, mère d'Henri IV, grâce à des gants parfumés. Cette incroyable histoire, véhiculée par Alexandre Dumas, n'en n'est pas moins légendaire, Jeanne d'Albret étant décédée d'une pleurésie.


Le gant : roi des modes !

Le gant était peu à peu devenu un accessoire de luxe et de mode essentiel à toute garde robe, qu'elle soit masculine ou féminine.

Une incroyable variété de formes et d'ornementations se déclinait sur les plus élégantes mains. Gant à "la frangipane", gant à "la cadenet" ou encore gant "à la commodité". Dès le XVII ème siècle, se généralisait, la forme de gant "crispin" dotée d'une manchette couvrant la totalité du poignet et dont l'ensemble du décor, généralement brodé, ornait cette dernière.

Ici, un magnifique exemple de gant inspiré de la Renaissance en veau de velours noir à crispin, brodé d'or par la Maison Chanel daté de 1988.




Le savoir-faire de la Maison Fabre, un raffinement à la française !

Largement inspirée par l'atmosphère du Petit Trianon, Marie-Antoinette appréciait cette atmosphère fleurie dont Jean-Louis Fargeon (1748-1806), "maître-gantier parfumeur de la Cour" en gardait les compositions florales réservées pour la reine. Le parfum, bien qu'il le fut depuis quelques décennies, devint avec Jean-Louis Fargeon le privilège des femmes de la Cour qui l'appliquaient le plus souvent sur des mouchoirs ou des gants. Ce célèbre "Modèle Trianon" a été crée par la Maison Fabre en vue de faire renaître le raffinement et l'élégance de la jeune Marie-Antoinette qui avait pour habitude d'habiller ses mains de somptueux gants parfumés. Cette paire en agneau brodé aux motifs de paniers fleuris, a été parfumée à l'Eau d'Ange, une essence douce à base de jasmin et d'oeillet, dont la reine en raffolait.


Devenu un véritable objet d'art, le gant s'est adapté à nos habitudes contemporaines. Annie Sagalow dans son article "Gant, histoire du costume", nous expose une étonnante tradition du savoir-vivre dont le gant appartenait dès la fin du XVIII ème siècle. Il était en effet préférable de suivre les règles de convenance quant aux évènements quotidiens. Annie Sagalow relève ainsi le bon usage du gant en fonction des circonstances et des couleurs, le blanc par exemple devait être exclusivement réservé aux mariages religieux, tandis que les couleurs pastel pouvaient être portées à tout moment. Le gant fit partie de l'évolution de la mode, l'élégance féminine s'en était appropriée les codes et ne se concevait désormais plus sans sa paire de gants.


J'espère que cet article vous a plu !

N'hésitez à pas commenter et partager. En attendant le prochain article, retrouvez moi sur les réseaux sociaux.



Bibliographie : Delalex Hélène, Un jour avec Marie-Antoinette, Flammarion.

Descottes Nicolas, Gants, Ramsay, 2007.

Bruna Denis, Demey Chloé, Histoire des Modes et du vêtement, Textuel.

Posts récents

Voir tout

Suivre La Galerie des Gemmes

Merci pour votre envoi!