La joaillerie et les fastes du Second Empire

On ne saurait imaginer aujourd'hui la grandeur et les fastes du Second Empire (1852-1870). En effet, cette période fut marquée par de nombreux bouleversements et évolutions économiques, politiques et sociales. Ces mutations, dont Napoléon III en fut l'instigateur, permirent à la France de connaître des temps enclins à la prospérité. Napoléon III, devenu empereur des français le 2 décembre 1852, souhaitait oeuvrer à une politique de renouveau, accordant une place essentielle au commerce et à l'industrie. La Maison Mellerio dits Meller, la Maison Chaumet ou encore la Maison Boucheron participèrent à l'essor du XIX ème siècle en matière de luxe à la française.

Straw hats

Edouard-Louis Dubufe, Eugénie de Montijo, impératrice des Français1854, château de Versailles


Vêtue d'une robe de bal en soie, l'impératrice Eugénie, épouse de Napoléon III, est ici figurée en pied dans un charmant salon composé d'un guéridon sur lequel figure un bouquet de fleurs. Cette toile, d'une élégante simplicité, nous livre l'image d'une jeune impératrice parée de roses et de perles qu'elle affectionnait tant, car la perle, était au cours du Second Empire, de grande qualité et parfois plus onéreuse que le diamant. L'impératrice Eugénie fut à l'origine de nombreuses commandes auprès de la Maison Mellerio dits Meller qui s'était chargée de créer des pièces inédites pourvues de pierres provenant des joyaux de la Couronne. Jean-François et Jean-Antoine Mellerio étaient les dirigeants de la Maison durant le Second Empire, alors installée au 9 Rue de la Paix à Paris, et participèrent tous deux à l'évolution de la joaillerie du XIX ème siècle. La maison présentait une multitude de savoir-faire grâce à la coopération d'artisans qui travaillaient à l'épanouissement d'un style éclectique. L'impératrice Eugénie portait une attention particulière au goût du XVIII ème siècle et plus particulièrement à la reine Marie-Antoinette, un intérêt encouragé par la publication des frères Edmond et Jules Goncourt en 1858 de l'ouvrage "Histoire de Marie-Antoinette". Les créations joaillères ou encore le mobilier empruntèrent souvent les caractéristiques d'un style néo-Louis XVI. La Maison Mellerio dits Meller su trouver l'inspiration auprès des collections françaises et fit naître des parures et autres accessoires de style néo-renaissance ou encore néo-gothique.


Les fêtes impériales ou l'engouement du bijou !


Henri Charles Antoine Baron, détail de la toile fête officielle au palais des Tuileries pendant l'Exposition Universelle de 1867, Château de Compiègne


En 1867, le peintre Henri Charles Antoine Baron, illustrait sur sa toile les fastes d'un spectacle mondain où de jeunes aristocrates s'étaient réunis au palais des Tuileries. Elégamment vêtus, ils contribuaient au divertissement des ces soirées alors nommées depuis 1907 par Frédéric Loliée les "fêtes impériales". Une certaine théâtralité émane de cette oeuvre où la richesse des parures aristocratiques figure au premier plan. À la manière d'une mise en scène, ces élégances nocturnes véhiculent l'image de grandes réceptions impériales habituellement données au Palais des Tuileries puis à Compiègne ou à Saint-Cloud. Ces festivités bonapartistes devaient être l'occasion de rassembler l'élite parisienne et étrangère, qui était ainsi soucieuse de se distinguer, en public, grâce à la préciosité de leur toilette. C'était un véritable étalage de parures et d'accessoires de circonstance. Les femmes devaient se munir de gants, généralement courts, d'un porte-bouquet garni ou encore d'un éventail. Il était alors nécessaire de charmer les plus beaux partis rassemblés au cours de ces soirées mondaines. Les galas, motivés par l'organisation des Expositions Universelles qui jouaient au sein de la capitale un rôle essentiel dans le développement des arts et du commerce, constituaient ainsi une vitrine du pouvoir de l'empire.


«La cour donnait l’exemple par l’éclat de ses fêtes multipliées à souhait pour exciter dans toutes les classes une belle émulation de dépenses, stimuler le commerce de luxe et entretenir la capitale en bonne humeur», La fête impériale de Frédéric Loliée 1926

Les grandes Maisons, dont Mellerio dits Meller, devaient donc répondre à une clientèle exigeante et permettre à cette noblesse impériale de participer à la prospérité de l'empire flamboyant. Le bijou, plus que jamais, était un symbole fort du pouvoir, représentatif d'une catégorie sociale. La création joaillière fut notamment encouragée par l'effervescence des Expositions Universelles du Second Empire (1855-1867), où des prix pouvaient être remportés en l'honneur des plus belles créations. Le Maison Mellerio obtint notamment un prix pour ses bijoux transformables étudiés depuis les années 1830. Une création pouvait ainsi se transformer et prendre l'apparence d'un autre bijou, un collier de jour devenait ainsi une broche de nuit. Cette astucieuse invention avait pour but de s'adapter à la vie mondaine et aux nouvelles festivités encouragées sous le Second Empire. Ce magnifique diadème de turquoises est l'un des exemples phares de ces créations transformables de la Maison Mellerio, il pouvait ainsi être modifié en huit broches. Les expositions universelles saluaient donc les plus prestigieuses inventions et devaient charmer les cours européennes.

Diadème floral turquoise composé de huit broches, en argent sur or jaune, turquoises et diamants, vers 1860, collection Mellerio ©Mellerio



La création joaillière ou la symbolique du pouvoir !


Alfred Stevens, rentrée du bal, 1867, Compiègne, Musée National du Palais


Le Second Empire, au même titre que les régimes antérieurs, connut d'importantes évolutions en matière de mode. Accompagné d'une amélioration des savoir-faire et des techniques, le XIX ème siècle fut le siècle de la création et de l'épanouissement des Grands Magasins dont le premier ouvrit ses portes en 1824 sur l'île de la Cité (Pierre Parissot). Napoléon III et l'Impératrice Eugénie participèrent grandement à la diffusion d'un raffinement français par le biais de ces temples du commerce dont Emile Zola s'était amusé à en décrire l'ambiance dans son ouvrage Au Bonheur des Dames.

Alfred Stevens, souvent nommé le "peintre de la Parisienne" illustre à merveille sur sa toile, l'idée que nous pouvons nous faire de la femme bourgeoise du XIX ème siècle. Une jeune femme est ici figurée dans un petit salon, vêtue d'une robe crinoline d'un jaune éclatant. Elle se trouve assise à côté d'une coiffeuse, caractéristique du Second Empire par les ornements neo-Louis XVI alors particulièrement appréciés au cours du siècle. Sur la coiffeuse figure un ensemble de diamants, que la jeune femme vient probablement de retirer. L'évolution du bijou s'accordait à cette révolution vestimentaire de la "robe crinoline", dénudant peu à peu le buste de la femme et leur permettant de porter davantage de sautoirs. Ils devaient ainsi mettre en valeur ces décolletés nouvellement intégrés à la mode du costume féminin.


« J’étais dans le groupe de l’air. La terre, c’est-à-dire les femmes qui étaient de ce groupe (nous étions quatre par quatre), portaient comme bijoux rien que des émeraudes et des diamants ; le feu, rien que des rubis et des diamants ; l’eau, des perles et des diamants et l’air, des turquoises et des diamants. Nous nous étions prêté mutuellement des bijoux » Pauline Von Metternich (1836-1921).

Véritable richesse de la nation, le bijou du Second Empire devait consacrer le rang de son propriétaire. Plus que jamais inspirée par la monarchie de l'Ancien Régime, l'Impératrice Eugénie avait parfaitement compris la puissance de ces pierres précieuses. Au delà d'une beauté esthétique conférée à la pièce, la joaillerie incarnait un subtil équilibre entre prestige et chef-d'oeuvre technique, que seul le joaillier pouvait atteindre. Ces pièces, aujourd'hui devenues trésor du patrimoine français, comptèrent parmi les grandes nouveautés, fruit d'une révolution créatrice.

La Maison Mellerio mit au point en 1854 une tige flexible sur laquelle pouvait être montée diverses pierres. En plus d'accorder davantage de liberté à la pièce, ce procédé permit de reproduire le délicat mouvement des feuillages et d'une flore grandement appréciés au cours du XIX ème siècle. Cette tendance naturaliste ne cessait d'être développée et devenait pour les joailliers une source d'inspiration constante. Si cette réalité éphémère pouvait être complexe à saisir, toute la virtuosité des pièces se comprenait par l'emploi subtil de pierreries savamment travaillées en vue de rendre l'illusion d'une nature sublimée. Ci-dessus : devant de corsage bouquet de perce-neige entouré de feuillage, diamants et argent sur or jaune, 1855, Collection Mellerio, ©Mellerio.


La douce histoire d'un bijou d'amour signé Chaumet



Ce somptueux trèfle d'émeraudes et de diamants fut offert à Eugénie par l'Empereur Napoléon III en décembre 1852 à Compiègne. Offert avant l'annonce de leur mariage, ce trèfle, symbole de chance, fut réalisé par Jules Fossin (ancêtre de la Maison Chaumet). Ce bijou spectaculaire symbolisait l'admiration de la jeune femme pour la rosée matinale qu'elle avait tant admirée lors de ses promenades à Compiègne auprès Charles-Louis-Napoléon Bonaparte. Cette broche pourvue d'or, d'émeraudes et diamants fut portée régulièrement par l'impératrice Eugénie, en témoigne un détail de la toile d'Edouard Louis Dubufe datée de 1853 et conservée au Château de Compiègne. Cette création joaillière témoigna d'un grand intérêt pour les motifs inspirés de la nature, particulièrement appréciés par la Maison Chaumet qui avait quelques années auparavant réalisé l'incroyable diadème en épis de blé pour l'impératrice Joséphine.



L'émergence du "bijou de fantaisie" !

En 1854 furent mis au point le métal et l'aluminium qui trouvèrent rapidement leur place auprès de la création joaillière, et ce, en vue de développer des bijoux de fantaisie. Dès les années 1880, le métal fut davantage employé au développement de nouvelles pièces moins onéreuses et moins fastueuses. Cependant, malgré cette simplicité apparente, les joailliers ne pouvaient s'empêcher de faire cohabiter ces métaux aux pierres précieuses, loin de l'idée que nous nous faisons d'un bijou fantaisie de nos jours. Le bijou, désormais réinventé, se libère et se démocratise peu à peu. Du pouvoir au plaisir de l'ornement, c'est une autre histoire du bijou que nous raconterons lors d'un futur article !


« Le nom qu'on leur donne généralement, bijoux de fantaisie, révèle bien à la fois leurs grâces et leurs faiblesses... trop charmants pour ne pas séduire, trop fragiles sans doute pour avoir le temps d'entrer dans l'histoire » Claude Frégnac, les bijoux de la Renaissance à la Belle Epoque, 1966.

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Bibliographie : Bérard Emilie, Mellerio Laure-Isabelle, Mellerio, le joaillier du Second Empire, Réunion des Musées Nationaux, 2016.

Frégnac Claude, Les bijoux de la Renaissance à la Belle Epoque, Hachette, 1966.

Loliée Frédéric, La fête impériale, Tallandier, 1926.

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