Joyaux intimes, entre poésie et sentiments!

Les créations joaillières, aussi nombreuses qu'elles puissent être, racontent avec discrétion les diverses façons de s'aimer et de véhiculer des messages d'amour. Dans l'intimité de chaque création, se cache le cheminement d'un homme ou d'une femme souhaitant faire part de ses sentiments à l'être aimé. Le bijou, sous le prisme de l'amour, est en réalité devenu un symbole dont la monture véhicule un langage que seules les pierreries sont en mesure de révéler. Aussi étonnant que cela puisse paraître, l'amour dans l'histoire des arts joailliers, se manifeste par différentes créations matérielles illustrant ces sentiments pourtant le plus souvent exprimés oralement ou physiquement. L'histoire que je vais vous conter ce jour n'est pas une histoire d'esthétique mais bien de passion.

François Gérard, portrait de l’Impératrice Marie-Louise, 1810, Musée du château de Versailles et de Trianon


Le pouvoir des pierres !

Jan Brueghel, détail nature morte avec guirlande de fleurs, 1618, Musées Royaux des Beaux-Arts, Bruxelles

" Par la diversité de leurs couleurs, l'intensité de leur éclat et la magie de leur transparence, les gemmes ont de tout temps fasciné les hommes, qui furent immédiatement sensibles à leur mystère " Malaguzzi Silvia, historienne de l'art

Quelle mystérieuse histoire que celle des pierres précieuses. Leur éclat est connu de tous, leurs nuances sont admirées et incontestablement assimilées aux plus nobles vertus. Le pouvoir de la pierre, alors interprété comme un message céleste par les civilisations antiques, fut longuement étudié dans les traités d'astrologie au cours de l'histoire. Les gemmes furent alors le plus souvent abordées sous le prisme d'une conception mystico-théologique leur prêtant toutes sortes de pouvoirs ésotériques. Cette lecture n'était pas surprenante au vu des récits mythologiques véhiculant l'image d'un bijou orné de pierreries légendaires. En effet, Zeus en libérant Prométhée de son rocher, l'aurait contraint à porter une bague alors conçue par les chaînes de sa condamnation et par la roche de sa punition. Roche sur laquelle Prométhée devait subir les foudres de Zeus, lui infligeant ainsi de se faire dévorer le foie par un aigle. D'une terrifiante légende mythologique naquit pourtant l'idée de la pierre en tant qu'ornement. Rapidement christianisées, les gemmes furent considérées comme le reflet de la création divine, leur éclat matérialisant ainsi la beauté des cieux. L'homme s'était par la suite approprié ces pierres en vue de promouvoir et de magnifier ses actes. La gemme sublimait ainsi l'aura de l'homme soucieux de présenter ses vertus, tant sur le plan politique que spirituel. Il existe, parmi ces gemmes, une infinité de pierres dont le symbolisme et l'exceptionnelle qualité en font des choix privilégiés auprès de la création joaillière. Elles s'appellent ainsi ; diamants, rubis, émeraudes ou encore améthystes et jouèrent en raison de leur préciosité un rôle essentiel dans l'élaboration de ces bijoux sentimentaux. Ces pierres inaltérables, dont les lapidaires prirent plaisir à en dompter les formes, furent considérées comme de véritables talismans apportant protection et magnificence à l'homme qui les portait. Prenons l'exemple du diamant qui assurait une protection contre les sortilèges maléfiques. Symbole christique, il était ainsi assimilé à la force divine et à la lumière solaire. Les propriétés du rubis, toutes aussi précieuses que celles du diamant, illustraient plutôt la puissance des énergies thermiques. La chaleur ardente du feu lui était associée, d'où sa charmante dénomination de "charbon ardent", transmettant vitalité et force à celui qui le porterait. Mais qu'en est-il d'autres vertus que nous associons généralement aux pouvoirs des gemmes ? L'émeraude, occupe ici une place particulière. Longuement considérée comme la pierre de l'esprit, ses propriétés conféraient à son propriétaire la capacité de persuasion et d'action. L'intensité de sa couleur fut porteuse de nombreux messages symboliques dont la beauté, l'éloquence ou encore les vertus thérapeutiques en constituèrent ses principales caractéristiques. La force irradiante de ces gemmes se retrouve dans l'histoire de ces bijoux d'amour offerts dans le but de délivrer un message caché, tout aussi poétique que romantique.


L'amour Napoléonien et les bijoux acrostiches!

Jean-Baptiste Isabey, Napoléon dans son costume de mariage, aquarelle, 1810, Kunsthistorisches Museum Wien.


Ce splendide portrait de l'empereur Napoléon illustre à merveille les fastes du premier Empire. Napoléon (1769-1821) est ici paré de son costume de mariage, dont le collier de la Légion d'honneur et la ganse de son chapeau subliment un ensemble déjà étincelant d'un décor damassé et doré. Sur la garde de son épée (datée de 1803) est monté le célébrissime "Régent", diamant appartenant aux joyaux de la couronne. Jean-Baptiste Isabey portraiture ici l'image de la quintessence impériale illustrant le grand intérêt de l'empereur pour ces fastueux joyaux. En 1811 fut réalisé un important inventaire des diamants de la couronne, alors révélateur des biens possédés par l'Etat. En résulte de nombreuses commandes souhaitées par l'empereur en personne, suite au divorce prononcé en 1809 avec l'impératrice Joséphine, celle-ci étant partie avec l'intégralité de ses biens. Napoléon était ainsi soucieux d'enrichir le trésor de la couronne mais également d'être en mesure d'offrir de somptueux joyaux à la nouvelle impératrice Marie-Louise archiduchesse d'Autriche (1791-1847). Ainsi, parures de diamants et de perles furent commandées à François-Regnault Nitot (fils de Marie-Etienne Nitot, fondateur de la Maison Chaumet) qui oeuvra à la création d'un véritable trésor d'Etat, constituant l'apogée de la joaillerie sous le premier Empire. Si ce patrimoine impérial illustre de nos jours le raffinement d'un savoir-faire français, qu'en est-il des créations plus intimes renfermant de merveilleuses déclarations d'amour ?


Bracelets acrostiches, ©Maison Chaumet.


L'histoire napoléonienne nous a légué un incroyable patrimoine : le "bijou acrostiche". Les nombreux bijoux personnels que possédaient les impératrices Joséphine et Marie-Louise, étaient le reflet des commandes amoureuses passées par l'empereur en personne. Si le goût de Napoléon pour les bijoux fut avant tout politique dans le but d'asseoir le pouvoir de son nouveau régime, il eut aussi conscience du pouvoir des pierres et de leur éclat afin de délivrer un message affectueux.

L'acrostiche sentimental avait pour particularité de transmettre à son destinataire un message caché, pouvant prendre la forme de bracelets, bagues ou pendentifs sertis de pierres précieuses. La lecture de ces bijoux était rendue possible grâce à la lettre initiale des gemmes. En retenant les premières lettres de chacune des pierres composant la pièce, la personne pouvait ainsi déchiffrer le message caché. Prenez ainsi l'exemple d'une bague composée d'une Améthyste, d'une Malachite, d'une Opale, d'Uvite et d'un Rubis et obtenez ainsi le message "AMOUR". Le terme d'acrostiche, défini comme étant "un poème dont les initiales des vers lues verticalement composent un mot", prend ici tout son sens. Napoléon prit l'habitude d'offrir ce type de bijou à Marie-Louise, recevant ainsi trois bracelets acrostiches. La soeur de l'empereur, Elisa Baciocchi (1806-1869) eut également la chance d'obtenir ce bijou si singulier. Outre le choix des pierreries, la forme du bijou pouvait compléter ce message tendre. Un merveilleux exemple du Victoria & Albert Museum, antérieur aux créations françaises, illustre cette attention particulière accordée à la structure du bijou. Ce médaillon cadenas en forme de coeur, possède en son centre un demi-cercle pourvu de pierres précieuses dont je vous laisse deviner le message.


Médaillon en forme de cadenas, 1840, ©Victoria & Albert Museum

Joseph Chaumet, Dessin d'un bracelet acrostiche épelant le prénom Françoise, vers 1890

Or et pierres de couleur (Fancy, Rubis, Aigue-marine, Néphrite, Chrysoprase, Olivine, Iris, Saphir, Emeraude), ©Collection Chaumet Paris

Le bijou fut au cours de l'histoire une véritable source d'émotions et permit aux plus aisés de délivrer un message empli de tendresse grâce à la magie des pierres. Toutefois, l'incroyable histoire joaillière de l'épopée napoléonienne ne saurait se limiter à ces créations. Vous découvrirez dans de prochaines publications les secrets bien gardés du XIX ème siècle.


Morganite Emeraude Rubis Citrine Ialite


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Bibliographie : Malaguzzi Silvia, Bijoux, pierres et objets précieux, Hazan, 2007.

Morel Bernard, les joyaux de la couronne de France, Albin Michel, 1988.

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