La broche, de la légende à la réalité!

De tout temps portée avec élégance, appréciée depuis des siècles, souvent transformée et parée de mille et un ornements, la broche, autrefois nommée fibule ou fermail, occupe une place essentielle dans l'histoire de la joaillerie. Coquette, discrète, la broche surprend tout autant qu'elle fascine. Une incroyable légende, racontée par Hérodote, nous retrace les prémices de ce bijou qui était à l'origine une fibule (agrafe pour fixer les extrémités d'un vêtement). L'historien grec racontait l'épopée du dernier survivant de l'expédition des Athéniens à Egine qui avait été assassiné à son retour par les aiguilles des fibules des épouses des guerriers morts au combat. C'est à partir de ce moment que les femmes des Athéniens furent contraintes de se séparer du vêtement dorien (avec fibule) pour se parer du chiton ionien prenant l'apparence d'une tunique sans fibule. Ce récit, des plus macabre, n'a pourtant pas empêché la création de ces merveilleuses pièces, devenues chefs-d'oeuvre des arts joailliers.

Broche-pendentif de la collection Rossetti, XIX ème siècle, Londres Victoria and Albert Museum


Cette somptueuse broche, d'une grande simplicité par sa forme de coeur et ses pierres colorées, reflète à merveille la beauté d'un bijou symbolisant l'amour et la féminité. Confectionnée à la manière d'une véritable oeuvre d'art, cette broche-pendentif, que nous pouvons apercevoir sur la toile de Dante Gabriel Rossetti (ci-dessous), appartenait à la grande histoire des préraphaélites qui conféraient une valeur esthétique et artistique à toutes créations d'objet décoratif. Cette confrérie d'artistes eut la volonté d'accorder une place nouvelle aux arts décoratifs, les arts joailliers devenant désormais de véritables créations artistiques. À la manière d'une peinture ou d'une sculpture, le bijou était au delà d'un ornement statutaire, une oeuvre d'art admirée et appréciée pour ses qualités esthétiques. Cette broche en forme de coeur, illustrée sur l'oeuvre de Rossetti, était en réalité un cadeau du peintre à Jane Morris, épouse du célèbre William Morris (fondateur du mouvement Arts and Crafts en Angleterre). Rossetti avait pour habitude de portraiturer des femmes pourvues de splendides bijoux, qu'il collectionnait. Si les inspirations préraphaélites furent essentiellement orientalisantes ou médiévales, cette broche ne présente que trois pierres colorées (deux rouges et une verte) enchâssées dans une monture arborée d'un décor floral en argent. Symbole de la beauté et de l'amour cette broche possédait toutes les vertus que l'histoire accordait à ce bijou.


Dante Gabriel Rossetti, Le boudoir bleu 1865, (Modèle : Fanny Cornforth), Birmingham, Barber Institute


De l'agrafe aux bouquets de pierres !


Quelle charmante histoire que celle de la broche. Si elle fut portée depuis l'Antiquité, son récit n'en est pas moins surprenant. La broche fut tout d'abord une fibule, soit une agrafe permettant de lier deux extrémités d'un vêtement. Si cet accessoire n'était pas considéré comme un ornement précieux, la Rome antique s'en était appropriée les formes afin de lui accorder des fonctions sociales voire magico-religieuses. L'objet, alors employé à des fins pratiques, devint rapidement essentiel à l'habillement quotidien et fut aussi bien positionné sur l'épaule que sur le milieu de la poitrine. La fibule prit ainsi rapidement l'apparence d'une broche-médaillon, davantage considérée comme un bijou qu'un accessoire. L'homme comme la femme pouvaient être parés de cet ornement qui constituait un élément indispensable à leur habillement. La broche, également nommée "fermail", était le plus souvent dès la fin de l'Antiquité, pourvue de diverses gemmes épousant les formes d'une monture orfèvrée. Cette somptueuse pièce quadrilobée du Musée de Cluny, le fermail du trésor de Colmar du XIV ème siècle, est constituée d'une pierre centrale (rubis) côtoyant perles, saphirs et grenats. Les pierres, qui étaient ainsi serties au coeur de ces montures, exprimaient principalement les vertus de son noble propriétaire. Le rubis était le plus souvent associé à la charité et les perles à la pureté. Véritable bijou, révélateur d'un rang social ou porteur de diverses symboliques, la broche sublimait celle ou celui qui avait la chance de la porter.


Fermail du trésor de colmar, XIV ème siècle, Musée de Cluny, Cl. 20672


La broche, du bijou au corsage !


C'est au cours du XVII ème siècle que les orfèvres firent évoluer la broche par un apport considérable de diamants, qui par leur splendeur, transformèrent le bijou en d'incroyables pièces orfèvrées dotées de pierres précieuses. La broche devint ainsi un devant de corsage très luxueux. Les mines d'Amérique du Sud, découvertes entre 1726 et 1729 constituèrent une véritable révolution dans le domaine de la joaillerie et permirent une utilisation plus courante du diamant dans les créations joaillières. Ces diamants étaient donc utilisés pour ces broches monumentales prenant l'apparence de devant de corsage disposé sur ce que l'on nomme des pièces d'estomac. Bien que son nom soit surprenant, cette nouvelle partie des robes à la française au XVIII ème siècle, était un support privilégié à l'exacerbation de précieux ornements. Le portrait de Marie Leczinska (ci-dessous), illustre à merveille ce que pouvait être un devant de corsage au XVIII ème siècle.

Louis Tocqué, détail du portrait de Marie Leczinska, 1738, Paris Musée du Louvre


La broche se transforma ainsi en ornement de cou ou de corsage et ne laissa guère de place à la simplicité. L'exubérance des formes pouvait être poussée à son paroxysme. La mode était à la forme dite "Sévigné", dite aussi en "noeud de ruban". Cet exemple, caractéristique des créations du XVIII ème siècle, se distinguait par son enroulement des formes presque végétales, laissant apparaître un entrelacement de pierres précieuses. Les pièces étaient si imposantes qu'elles occupaient l'ensemble des pièces d'estomac, supplantant ainsi la beauté des tissus afin de sublimer la robe. Ces broches d'estomac ornant les corsages, disparurent peu à peu au début du XX ème siècle afin de laisser davantage de place à des broches-épaulettes situées sur l'épaule.

Broche, France, XVIIIe siècle, or, émeraude, diamant taille rose et taille brillant.

Inv. 9912© MAD, Paris / photo : Jean Tholance


La broche conteuse d'histoire !


Véritable bijou créatif, adoptant peu à peu un registre décoratif au cours des siècles, la broche occupe dans l'histoire de la joaillerie une place essentielle. Certainement car sa création permettait une infinité de combinaisons. La période Art déco fut probablement l'une des époques au cours de laquelle la broche s'est épanouie sous mille et une formes. Elle devint à partir des années 1920 le support d'une production narrative où décors enchantés et imaginaires constituaient l'ensemble des créations. Cette broche-pendentif de la Maison Van Cleef & Arpels, datée de 1924 est sertie de diamants, d'onyx, d'émeraudes et de saphirs figurant un élégant décor japonisant. Les arts joailliers, durant la période Art déco, furent marqués par l'omniprésence d'un éclectisme, où formes géométriques, stylisation de la nature et goût pour l'exotisme se côtoyaient.

La broche raconta ainsi de fabuleuses histoires par l'incroyable diversité de ses ornementations et fut à travers les siècles le témoignage de l'excellence des arts joailliers.



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Bibliographie : Mascetti Daniela, Célébration du bijou : bijoux exceptionnels des XIXe et XXe, La bibliothèque des arts, 2012

Malaguzzi Silvia, Bijoux, pierres et objets précieux, Hazan, 2007


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