Le pendentif, histoire d'un bijou spectaculaire!

D'une charmante fantaisie, éclatant de pierres précieuses et d'ornements à la polychromie raffinée, le pendentif a su trouver sa place au cours de l'Histoire. Sa forme singulière, sa légèreté et son indémodable exubérance font de ce précieux bijou une véritable pièce de collection. Conçus et conservés comme les trésors de l'histoire de la joaillerie, ces pendentifs furent créés et employés à diverses fonctions, dont le simple caractère esthétique fut parfois supplanté par des considérations plus politiques et sociales.

Coup d'oeil sur cet étonnant bijou, témoignage de plusieurs siècles de savoir-faire.


sea waves GIF

Pendentif Diamants, Rubis, Perles, Émail, Or, daté du XVI ème siècle Credit: DEA / A. DAGLI ORTI / The Granger Collection, ©Assouline



L'antiquité comme source d'inspiration !


Raconter l'histoire du pendentif revient à découvrir la grande histoire du bijou à travers les âges. Si de tout temps l'homme noble s'était paré des plus belles créations, celles-ci n'ont pourtant pas échappées à une réalité plus sombre dont les pillages, les vandalismes, les guerres et les héritages ont peu à peu dissipé ces trésors de notre patrimoine. Les quelques joyaux, aujourd'hui conservés dans les musées, participent à cette renaissance du bijou dont il semblerait qu'on en ait parfois oublié les codes.

Avez-vous pris le temps d'observer et d'apprécier ces petits médaillons, parfois transformés en broches ou en bagues nommés "camées" ? Cette technique de gravure, peu à peu transformée en bijou gravé, emprunte son nom à l'italien et suggère un délicat camaïeu de couleurs et de matières. Généralement ornés de scènes religieuses ou mythologiques, les camées, alors hérités de l'Antiquité, fournissaient aux ornemanistes et aux orfèvres de la Renaissance un large éventail d'inspirations et de connaissances. Les camées pouvaient être récupérés au cours de fouilles archéologiques et réutilisés, mais cette authenticité plutôt rare était parfois supplantée par de splendides créations fortement appréciées en Italie, notamment par la figure incontournable de Côme de Médicis.

Ce splendide portrait peint par Sandro Botticelli illustre à merveille l'intérêt porté pour ces camées mythologiques.

Sandro Botticelli, portrait présumé de Simonetta Vespucci, 1480-1485, Musée Städel Allemagne


Ces créations pouvaient ainsi emprunter différentes formes et figurer une infinité de sujets, tel était le cas des "portraits camées", qui furent largement inspirés de l'Antiquité et désormais portés par les têtes couronnées. Ainsi, nourris de ces formes gravées, les premiers pendentifs furent davantage employés à des fins plus personnelles où l'heureux propriétaire pouvait recevoir son pendentif en forme de lettres alors représentatives de ses initiales. La mode était alors aux pendentifs personnalisés et parfois dévotionnels comme illustré sur la toile d'Hans Holbein datée de 1536 présentant Jeanne de Seymour, femme d'Henri VIII d'Angleterre possédant un pendentif orné des lettres IHS, abréviation imparfaite du nom de Jésus en grec. Le pendentif était ici une protection divine et se devait d'être porté comme un talisman.

Gage de prestige et de richesse, le pendentif était rarement porté seul, il était le plus souvent accompagné d'un ensemble de colliers formant ainsi une parure composée de décors d'arabesques et de pierres précieuses. Ces pendentifs pouvaient avoir une fonction apotropaïque c'est à dire la fonction d'éloigner les mauvaises influences, le pendentif devenait ainsi une sorte de bouclier, le plus souvent porté sur la poitrine, près du coeur.


L'un des plus beaux exemples de ces pendentifs fut probablement illustré par le portrait de la Reine Elisabeth d'Autriche, femme de Charles IX peint par Clouet et daté de 1570. La reine est parée d'une somptueuse parure d'or émaillé dont une multitude de perles et de pierres colorées parsèment l'ensemble. Le pendentif se distingue parmi ce magnifique collier entourant ses épaules et semble être accroché au milieu du buste. Le pendentif, de par sa particularité d'être suspendu à l'ensemble du collier, fut ainsi nommé "pent-à-col".

Clouet, portrait de la Reine Elisabeth d'Autriche, femme de Charles IX, daté de 1570.


L'exubérance des formes !

Aussi étonnant que cela puisse paraître, le pendentif ne jouait pas avec la simplicité. Ses formes se confondaient la plupart du temps avec des créatures mythologiques, des amours, des animaux ou encore des bateaux (premier visuel de l'article). Dans la continuité d'une antiquité sublimée et réinventée c'était bien le "symbole" qui était privilégié au coeur de la Renaissance ; symbole d'amour, de fertilité, de pouvoir ou encore de dévotion.

Les pendentifs jouaient cependant avec une infinité de pièces dont l'originalité des montures orfévrées, des pierres enchâssées vinrent à créer un ensemble remarquable. Les "perles baroques" possédaient une place particulière dans la création de ces pendentifs et devaient parfois, probablement par peur du vide, compléter des espaces laissés entre les chaînes et les montures (la thématique de la perle concernera un prochain article). Les pendentifs participaient grandement, à partir du XV ème siècle, à cette accumulation volontaire de joyaux. Il était en effet préférable de porter un très grand nombre de bijoux qui devenaient finalement un habillement. La perle occupait en effet une place fondamentale dans l'art de la joaillerie, ce magnifique portrait peint par Antoon Van Dyck illustre à merveille l'usage des perles (collier de perles ras du cou) et des gemmes dépourvues de couleurs. Encore une fois, le pendentif porté par la jeune femme, en forme de croix, souligne l'importance du caractère dévotionnel de ces bijoux du XVII ème siècle.


Antoon Van Dyck, Détail du portrait de Marie-Louise de Taxis, 1629, Vaduz, Gemäldegalerie


Le pendentif sublimé !


« Cela me paraît fort inutile, d'autant que les modes changent, et de plus, c'est que les dessins se forment selon la quantité, la grandeur des diamants qu'on a à mettre en oeuvre » Jean Bourget 1712

La mode des pendentifs ne s'est jamais véritablement essoufflée, mais ces derniers se sont peu à peu transformés afin de s'adapter aux évolutions de la joaillerie au cours des siècles. La beauté de la pierre était devenue à partir de la fin du XVII ème siècle de plus en plus appréciée et il était ainsi privilégié de la mettre en valeur. Les parures s'étaient multipliées au profit d'une meilleure connaissance technique de la joaillerie où la pierre précieuse était au centre de la création. La politique de prestige, longtemps menée par la Cour de France et le siècle louis-quatorzien, se poursuivit au cours du XVIII ème siècle et du XIX ème siècle. Des siècles qui introduisirent peu à peu la notion de "bijoux de jour" et de "bijoux de nuit". (J'aurai l'occasion de vous présenter ces étonnantes modes des bals nocturnes dans un prochain article !). Les pendentifs étaient alors portés aussi bien de jour que lors de fêtes nocturnes, mais leur préciosité variait ainsi selon l'évènement. Si le XVIII ème siècle fut marqué par une tendance naturaliste entraînée par le goût rocaille aux multiples variations florales, le XIX ème siècle privilégia l'éclectisme et les "bijoux composites" où antiquité, naturalisme, style renaissance furent fortement appréciés.

Pendentif, France, 1re moitié du XVIII ème siècle Argent, émeraudes, grenats almandins, améthystes et saphirs jaunes. Legs Paul Gasnault, 1898. Inv. 8822 © MAD, Paris / photo : Jean Tholance


Les bijoux Art Nouveau feront l'objet d'un article particulier, cependant, parmi eux, de nombreux pendentifs, dont les motifs végétaux, les volutes, les ondulations florales ou les flammes constituaient la sensualité de ces créations singulières. Les pierres précieuses étaient rarement utilisées par les joailliers de la période Art Nouveau, appréciant davantage des gemmes plus rares, des fonds émaillés et des perles baroques.

Collier Art Nouveau, Lucien Gautrait, Paris, 1900


Femmes et hommes soucieux de leur élégance, furent depuis des siècles parés des plus beaux ornements. Le bijou, et plus particulièrement le pendentif, occupe une place fondamentale dans l'histoire des modes et témoigne des évolutions techniques et stylistiques que les ornemanistes, orfèvres puis joailliers ont développé. Cette mode aussi bien masculine que féminine est toujours d'actualité, la collection de Haute Joaillerie Snowflake de la maison Van Cleef & Arpels présente de somptueuses créations parsemées de diamants imitant les flocons de neige, un thème fortement apprécié par la Maison depuis 1940.



J'espère que cet article vous a plu !

N'hésitez à pas commenter et partager. En attendant le prochain article, retrouvez moi sur les réseaux sociaux.


Bibliographie : Frégnac Claude, Les bijoux de la Renaissance à la Belle Epoque, Hachette, 1966.

Posts récents

Voir tout

Suivre La Galerie des Gemmes

Merci pour votre envoi!