Le "portrait bijou" entre sentiment et pouvoir !

Si offrir un portrait de soi pourrait paraître prétentieux ou égocentrique de nos jours, cela ne fut guère le cas au cours de l'histoire. Les portraits tels que nous les connaissons en peinture, étaient également montés au centre de montures joaillières et constituaient de prestigieux présents souvent officiels. Les portraits miniatures étaient particulièrement appréciés pour leur beauté et se retrouvaient sur les camées, boîtes à portraits, carnets de bal ou encore châtelaines. Le portrait devenait bijou, il assurait à son propriétaire une image éternelle et la garantie de sa reconnaissance à travers les âges. Le portrait devenait luxueux, élégant, magnifié par les orfèvres-joailliers à l'aide d'une multitude de pierreries. Plus facilement transportables, ces précieuses pièces devaient ainsi glorifier une personnalité, être offertes en guise de cadeaux diplomatiques ou de présents sentimentaux. Leurs multiples variétés symbolisent l'importante valeur accordée aux portraits et leurs expressions depuis la Renaissance (XV-XVIe siècles) où le portrait connut un véritable changement dans le domaine artistique. Les camées, les médailles ou encore les miniatures enrichirent ces portraits rehaussés de montures orfévrées dont l'ensemble faisait naître de véritables chefs-d'oeuvre des arts joailliers.

Coup d'oeil sur ces portraits atypiques, trop souvent oubliés !


Jean I Petitot (1607-1691), Boîte à portrait de Louis XIV, émail, diamants, 1680, Paris, Musée du Louvre, Département des Objets d'art


Nous ne conservons de ces types de bijoux que quelques rares témoignages. Leur fragilité et l'outrage des ans ayant considérablement détérioré leur monture et leur aspect général. Cependant, ces précieux témoignages, trésors de notre patrimoine illustrent à merveille la richesse de ces pièces d'exception. Le Musée du Louvre conserve dans ses collections une boîte à portrait du souverain Louis XIV. Les boîtes à portrait, avant de devenir présent diplomatique sous Louis XIV, possédaient une symbolique plus sentimentale. Offerte comme présent à l'être aimé, la boîte contenait un portrait miniature d'un homme ou d'une femme. La petitesse de leurs dimensions et le raffinement de ces boîtes ravirent le souverain, soucieux de véhiculer son image grâce aux boîtes à portrait, devenues instruments du pouvoir politique. L'incroyable boîte offerte par le souverain à Carlo Cesare Malvasia (ci-dessus), possède une monture de soixante-huit diamants dont dix taillés en rose. La partie sommitale de la boîte à portrait est composée de cinq diamants à neuf facettes prenant l'apparence d'une couronne fleurdelysée. Au centre de l'objet, figure un portrait miniature émaillé de Louis XIV en habit de Cour. La pièce de joaillerie était originellement conçue afin de prendre place dans une boîte en forme d'œuf, tel que vous pouvez le voir sur le détail de l'œuvre de Nicolas Largillière (ci-dessous). Marque de prestige et de grandeur les boîtes de Louis XIV furent la quintessence de la monarchie française et plus encore le témoignage d'un savoir-faire français des miniaturistes et des orfèvres. Au delà de la marque de distinction que ces pièces d'orfèvrerie pouvaient assurer à la souveraineté, leur petite taille permettait d'être facilement transportable. Ainsi, dans un cadre plus sentimental les portraits bijoux étaient portés avec ostentation sous la forme de bagues, de bracelets ou de colliers prisés par des personnages privés. Considérées comme des présents amoureux ou amicaux, ces créations joaillières étaient souvent le symbole d'un message poétique.


Nicolas de Largillière (1656-1746), Détail du portrait de Konrad Detlef sur lequel nous apercevons la boîte à portrait de Louis XIV, 1724, Braunschweig, Herzog Anton Ulrich Museum


Le portrait miniature, encadré dans ces montures raffinées, n'était plus de profil et présentait le portraituré sous ses plus beaux atours. La gamme de couleurs était le plus souvent très variée et s'accordait à la monture joaillière, elle-même des plus travaillée. Les portraits étaient généralement peints de face en buste et véhiculaient l'image de la famille royale, de personnalités nobiliaires, ou pour les plus fortunés, l'être aimé. Le portrait était un moyen de conserver le souvenir d'un être cher, parfois disparu. Le plus souvent transformés en pendentif, les portraits miniatures pouvaient être accrochés à des ceintures, des draperies ou encore sur les chatons d'une bague. Aux XVIIe et XVIIIe siècles, les créations laissaient libre cour à l'imagination des orfèvres-joailliers, soucieux de parer les pièces de splendides pierreries et de décors végétaux. En témoigne le portrait miniature de la comtesse d'Olonne (ci-dessous), encadré de fleurs émaillées colorées. Les montures de ces portraits miniatures varièrent en fonction des destinataires. Un portrait offert dans le cadre d'une mission diplomatique ou d'un échange politique était généralement doté d'une monture sertie de diamants prenant parfois la forme d'une couronne symbolisant l'importance de la personne représentée. Un portrait, plus sentimental, offert ou conservé dans un cadre familial privé, était empreint d'une certaine légèreté grâce à des décors floraux et des rubans émaillés. Nous savons qu'Anne d'Autriche conservait précieusement plusieurs portraits miniatures de ses deux fils, l'un encadré d'or, l'autre entouré de diamants. Il était ainsi commun de posséder chez soi l'image miniature de ses enfants qui pouvait accompagner quotidiennement les parents.

Jean I Petitot (1607-1691), Gilles Légaré (1610-1685), Portrait miniature de la comtesse d'Olonne en Diane, émail, fleurs naturalistes, 1680, Philadelphia Museum of Art , Mrs. Lessing et J. Rosenwald collection


François Boucher (1703-1770), Portrait de Madame de Pompadour portant à son poignet un camée présentant le roi Louis XV, 1750, Cambridge, Fogg Art Museum


Le portrait miniature au XVIIIe siècle fut particulièrement apprécié sur les bracelets ou les bagues agrémentés de pierres précieuses, ces derniers pouvant être plus facilement remarqués. Le bracelet permettait également l'adjonction d'un portrait supplémentaire au portrait originel, constituant ainsi une paire illustrant deux personnages. Ces bracelets pouvaient être constitués de rangs perlés, tel que nous pouvons l'admirer sur le portrait de Madame de Pompadour portant à son poignet l'image du roi Louis XV (ci-dessus). Cependant, il arrivait que certains propriétaires ne souhaitent pas exposer aux yeux de tous le portrait de leur bien aimé. Quelques commandes témoignaient de cette volonté de cacher l'image peinte à l'aide de "médaillon" ou encore de "tabatière à secret" dissimulant le portrait de l'être cher, témoin d'amour secret. Les tabatières étaient devenues des objets très convoités dès le début du XIXe siècle, le tabac étant particulièrement apprécié au sein des salons mondains, devenant à l'égal des boîtes à portraits de réels présents diplomatiques. La tabatière faite d'or, illustrée ci-dessous, fut réalisée par Marie-Étienne Nitot (1750-1809) et Robert Lefèvre (1755-1830), joaillier et peintre de Napoléon Ier. À une période où le tabac fut particulièrement prisé, il fut évident de concevoir de précieuses tabatières ornées d'or et de pierreries dont les portraits impériaux constituaient l'élément central.

« Il n’est rien d’égal au tabac, c’est la passion des honnêtes gens ; et qui vit sans tabac, n’est pas digne de vivre. Non seulement il réjouit, et purge les cerveaux humains, mais encore il instruit les âmes à la vertu, et l’on apprend avec lui à devenir honnête homme. » Molière Don Juan

François-Regnault Nitot, Tabatière de l'Empereur Napoléon Ier, miniature sur ivoire, or, émail bleu, collection privée


L'apothéose du portrait : le "diamant à portrait" !


D'une grande rareté, les portraits sentimentaux recouverts de diamants furent particulièrement appréciés au cours du XIXe siècle en Russie, qui en fit une de ses spécialités. Les portraits précédents étaient en réalité protégés par du cristal, le diamant supplanta ce dernier et devint l'élément principal de ces créations joaillières. Le diamant avait ainsi pour particularités d'être plat et d'être facetté uniquement sur les côtés, un ingénieux procédé permettant d'illuminer le portrait par sa pureté. Nous savons, grâce aux inventaires royaux, que Marie de Médicis (1575-1642) ou encore Anne d'Autriche (1601-1666) possédaient dans leurs collections des portraits diamants, alliant ainsi sentiment par le portrait et raffinement par la préciosité des pierres utilisées. Ces joyaux de notre patrimoine joaillier constituent l'apogée du bijou portrait.

Quelles que soient les époques, ces bijoux portraits connurent un vif succès à travers l'histoire des arts joailliers et représentent de nos jours de rares trésors patrimoniaux.


Portrait diamant de l'Impératrice Maria Feodorvna, vendue par Sotheby's Londres en 2018


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Bibliographie : Diana Scarisbrick, Bijoux à portrait, camées, médailles, et miniatures des Médicis aux Romanov, Thames Hudson, 2011.

Frégnac Claude, Les bijoux de la Renaissance à la Belle Epoque, Hachette, 1966.

Malaguzzi Silvia, Bijoux, pierres et objets précieux, Hazan, 2007.

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