Précieux ornements de tête...

N'est-il pas surprenant de découvrir de somptueux portraits féminins au travers desquels la coiffure est parée de splendides ornements, joyaux et autres curiosités ? Si l'histoire nous a conté l'incroyable épopée des créations extravagantes d'un certain Léonard Autier oeuvrant à la cour de Marie-Antoinette, la chevelure fut pourtant au coeur de l'histoire des arts joailliers. Aussi étonnant que cela puisse paraître, les bijoux furent longtemps utilisés en guise d'accessoire de cheveux et favorisaient, grâce à un ensemble de pierres précieuses, l'élégance de la femme. Ces coiffures venaient embellir un ensemble raffiné et étaient le plus souvent révélatrices d'une symbolique esthétique et sociale. Partons découvrir dans ce premier article sur le sujet, les admirables créations de notre histoire qui ont coiffé les têtes les plus nobles !

Anna Maria Luisa de Medici


La Renaissance, entre simplicité et exubérance !


Il existe une grande variété de portraits féminins dont les modèles furent le plus souvent coiffés d'accessoires. Il n'est pas rare d'entrevoir quelques peintures où la femme semble être illustrée sans aucun ornement, mais il est cependant plus courant de constater la richesse des coiffures aux formes extravagantes. Il était en effet déplacé qu'une femme puisse se présenter au grand public sans être coiffée, la coiffure devenant alors un symbole d'élégance sociale. À la différence du moyen-âge, la coiffure au début du XVI ème siècle tend à libérer la chevelure des voilettes et autres tissus, les cheveux étaient ainsi parés de nouveaux ornements, tels que les gemmes ou attifets. Ce splendide portrait de Marie de Médicis peint par Frans Pourbus, illustre à merveille la simplicité de cet attifet en soie, ornement de tête dont la forme prend l'apparence d'un coeur. La pointe de cette coiffe se prolonge le plus souvent sur le front de la jeune femme. Cet ornement pouvait être décliné de diverses façons, au cours des années 1580, il prit l'apparence de larges et volumineuses coiffes faites de soie et de dentelles. Le portrait de Marie de Médicis présente en réalité la régente venant de perdre son époux, Henri IV. Son attifet, de couleur noire, peut ainsi être appelé "capuche de veuve", en raison des circonstances.


Frans II Pourbus, portrait de Marie de Médicis reine de France, 1615, huile sur bois, Musée Carnavalet


De nombreux portraits, comme celui peint par Piero di Cosimo, illustrent à merveille ce que pouvait être ces coiffures dites "d'atours", prenant alors l'apparence de croissants. Ils côtoyaient les bourrelets, ces couronnes de tissus garnies de bourre. Tresses, pierres précieuses et cordonnets perlés, agrémentaient ainsi les chevelures des jeunes femmes nobles.

« L’extrême complexité de la coiffure, ainsi que la profusion des perles, symboles de la pureté de la Vierge, situent la nobildonna hors du temps et contribuent à l’élever au rang d’une divinité » Valentina Hristova, historienne de l'art

Piero di Cosimo, détail portrait Simonetta Vespucci, 1480, Musée Condé, Chantilly


La ferronnière, de la légende à l'incontournable bijou de tête !


À l'époque carolingienne, la chevelure des femmes pouvait être ornée d'une résille dorée ou laissait entrevoir sur le front un bandeau de perles. Seuls quelques bijoux de cérémonies carolingiennes sont aujourd'hui conservés et témoignent de ce goût particulier pour le cristal de roche et l'émail cloisonné sur or. Au cours de la Renaissance, ces fins bandeaux perlés, se transformèrent peu à peu en ornement de tête disposé sur le haut du front et le plus souvent composé d'une pierre précieuse en son centre. Ce bijou de tête était alors nommé ferronnière. Les ferronnières répondaient parfaitement à cette simplicité véhiculée au cours de la Renaissance. Les pierres précieuses, alors serties dans la partie centrale de ces créations, pouvaient prendre la forme d'insignes héraldiques accompagnées de montures orfévrées soulignant ainsi les origines aristocratiques de sa propriétaire. La belle ferronnière de Léonard de Vinci, illustre à merveille ce travail du métal précieux, accompagné d'un rubis taillé en "table" trônant sur le front du modèle. Le rubis, par sa couleur flamboyante et ses prétendues vertus médicinales et protectrices a été, la gemme "maîtresse" des créations du XVI ème siècle. Le portrait d'Elisabeth Gonzague daté de 1500 conservé à Florence, met en scène une ferronnière ornée d'un scorpion en guise de symbole héraldique. De nombreuses légendes furent à l'origine de cette charmante appellation de ferronnière. La légende raconte qu'une certaine Madame Ferron, épouse de Jean Ferron et maîtresse du souverain François 1er, se serait emportée lors d'une rencontre intime avec le roi et aurait tenté de cacher sa colère par un fin bandeau dissimulant ainsi les veines de son front. La postérité nomma ainsi cet accessoire "une ferronnière". Le portrait d'Amalie Von Schintling (ci-dessous), met quant à lui, en avant cet élégant bijou, ajouré et perlé, dont le centre est pourvu d'une émeraude taillée en baguette. D'une grande préciosité, la ferronnière se marie parfaitement à l'ensemble des joyaux portés par la jeune femme, constituant une parure raffinée.

Joseph Karl Stieler, portrait Amalie von Schintling, 1831


Les aigrettes, de Marie-Antoinette à la folie des Années folles !


Anonyme, d'après Jean-Baptiste André Gautier-Dagoty, portrait de Marie-Antoinette, 1775, Musée Antoine-Lecuyer


Depuis le début du XIX ème siècle, l'aigrette, bijou destiné à orner la chevelure féminine, fut fortement appréciée par l'aristocratie. Cet ornement, dont la forme était inspirée de plumes d'aigrettes, magnifiait la coiffure à la manière de somptueux diadèmes. Dès le XVIII ème siècle, ces bijoux de tête étaient répertoriés dans les collections royales et portés par de nobles dames de Cour. Ce splendide portrait de la reine Marie-Antoinette, daté des années 1775, illustre à merveille les prémices de ces extravagantes coiffures "pouf" élaborées par Léonard Autier (coiffeur royal). Admirons ici ces perles fines enroulées autour de délicates boucles. Le sommet de la chevelure présente un époustouflant bouquet de perles et noeuds, rehaussé de plumes et de diamants constituant une splendide aigrette.

Si cet ornement de chevelure fut apprécié au cours des siècles auprès de la noblesse, l'aigrette de pierreries fut également le bijou emblématique des Années folles. Cet ornement décoratif fut rapidement adopté par une certaine catégorie sociale, occupée à se divertir lors de soirées mondaines. La traditionnelle aigrette se constitue alors de plumes élancées, adaptées selon les occasions. La Maison Chaumet, fut à l'origine de somptueuses créations d'aigrettes dans les années 1920 dont la forme inspira leur célèbre collection Joséphine.

Joseph Chaumet, aigrette soleil levant, platine, émeraude, diamants, 1914, collection chaumet, Paris

François Xavier Pascal Fabre, Portrait de Marie-Louise de Bourbon, reine d'Etrurie, 1801, Florence


Le diadème, élément phare du pouvoir royal et impérial, fut intimement lié à l'histoire des arts joailliers. Je vous présenterai dans un prochain article sur le sujet, ces emblématiques trésors de notre patrimoine.


J'espère que cet article vous a plu !

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Bibliographie : Frégnac Claude, Les bijoux de la Renaissance à la Belle Epoque, Hachette, 1966.

Malaguzzi Silvia, Bijoux, pierres et objets précieux, Hazan, 2007.

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